Le lundi matin, au lieu d'aller à la pêche, je suis allé à la médiathèque de Périgueux. J'ai commandé une cinquantaine d'articles scientifiques sur PubMed. J'ai appelé le Dr Marchetti, angiologue à Bordeaux, un ancien correspondant. J'ai contacté un laboratoire de biomécanique vasculaire à Toulouse.
En trois semaines de recherche, j'ai compris quelque chose qui aurait dû être évident depuis le début de ma carrière.
Les jambes lourdes, les chevilles gonflées, ce que les médecins appellent l'insuffisance veineuse chronique, ce n'est pas un problème de "mauvaise circulation" au sens vague du terme. C'est un problème mécanique très précis.
Vos veines contiennent des petites valves, tous les quelques centimètres, qui fonctionnent comme des clapets anti-retour. Elles empêchent le sang de redescendre dans vos jambes. Quand votre coeur pompe et que vos muscles se contractent, le sang monte. Les valves se ferment derrière lui pour qu'il ne retombe pas.
Ces valves sont faites d'élastine. C'est la protéine qui donne leur souplesse à vos tissus. Quand vous êtes jeune, elles fonctionnent parfaitement.
Mais après 40, 50, 60 ans, à raison de 100 000 ouvertures et fermetures par jour, l'élastine se dégrade. Les valves perdent leur étanchéité. Le sang commence à refluer. Il stagne dans vos mollets et vos chevilles. La pression augmente. Le liquide est poussé hors des veines, dans les tissus. Vos chevilles gonflent. Vos jambes deviennent lourdes.
C'est mécanique. C'est progressif. Et c'est documenté depuis 1985.
Maintenant, regardez ce qu'on propose à ces femmes.
Les bas de contention compriment les jambes. Le sang est poussé vers le haut. Vous retirez les bas le soir : le sang redescend. Les valves sont toujours cassées. Résultat temporaire.
Le Daflon et les veinotoniques renforcent légèrement la paroi des veines. Mais ils ne touchent pas aux valves. La Haute Autorité de Santé les a déremboursés en 2008 faute de preuves d'efficacité suffisantes.
Le drainage lymphatique, mes propres séances pendant 38 ans, déplace le liquide manuellement. Soulagement immédiat. Mais les valves sont toujours cassées. Le sang re-stagne dans la journée. Le lendemain, tout est revenu.
Aucun de ces traitements ne répare les valves.
Quand j'ai réalisé ça, je n'ai pas été triste. J'ai été en colère. Contre moi-même. Contre une profession qui facture des milliers d'euros par an à des femmes pour un soulagement qui ne dure pas une journée. Et contre un système médical qui connaît le mécanisme depuis 40 ans mais qui n'a jamais proposé de solution ciblée accessible.
Mais la colère ne sert à rien si on ne fait rien.
J'ai continué à chercher. Et j'ai trouvé quelque chose.